LE RAME INTERPELLE LE GOUVERNEMENT ET LES PARTENAIRES SOCIAUX SUR LA GESTION DES RESSOURCES AFFECTÉES À LA SANTÉ

Suite à un désaccord avec leur médecin chef, les professionnels de santé du district sanitaire de Tenkodogo ont observé un arrêt de travail de 48 heures, du 12 au 13 février 2015 sur toute l’étendue de l’aire sanitaire de la localité. Pour le compte de l’Observatoire Communautaire sur l’Accès aux Services de Santé (OCASS), une équipe du RAME s’est rendue dans la région pour rencontrer les acteurs impliqués dans ce conflit afin de comprendre les causes et évaluer les impacts sur la qualité et l’accessibilité des prestations pour les populations.

CSPS
Des entretiens avec les grévistes, il ressort que ceux-ci reprochent au médecin chef du district (MCD) son déficit de communication et son management. Toutes les parties prenantes ne seraient pas suffisamment consultées dans le processus de prise de décision. Le MCD impliquerait insuffisamment l’équipe cadre dans le traitement des dossiers d’affectation du personnel. D’autre part le MCD serait réfractaire à toute contradiction, qu’elles viennent aussi bien des membres de l’équipe cadre que des infirmiers chef de poste (ICP). Il en découle des dysfonctionnements dans la coordination des activités du district qui pourraient compromettre l’atteinte des objectifs.


Au nombre de ces insuffisances, on note des problèmes de gestion des médicaments avec pour conséquences de fréquentes ruptures de stocks pour les nouvelles lignes d’anti- rétroviraux (ARV) au profit de la file active du district. Il y aurait même eu des ruptures en ARV pour la prévention de la transmission mère-enfant du VIH (PTME/VIH). Le dépistage (CDV) dans sa mise en œuvre connaît également des difficultés. A cela, s’ajoutent des insuffisances dans le fonctionnement des services notamment des problèmes de gestion de la pharmacie, carles prix officiels des médicaments ne seraient pas respectés. Des marchés de fourniture de boîtes d’accouchement au profit de 23 CSPS pour l’exercice 2014-2015 auraient été attribués par la procédure de gré à gré. Cependant se sont des boites incomplètes qui auraient été réceptionnées au compte de la stratégie innovante FBR (Financement basée sur les résultats) mise en œuvre au niveau du district depuis 2013.
Par ailleurs, il est reproché au MCD de Tenkodogo, des irrégularités dans la gestion du matériel médico-technique. Ce dernier aurait doté une clinique privée en matériel pendant que certaines formations sanitaires publiques sont mal équipées. La décision de cette dotation aurait été prise sur instruction de la hiérarchie au niveau central, notamment du Ministre de la santé de l’époque, Léné Sebgo.


Comme corollaire de ces dysfonctionnements à tous les niveaux, toute collaboration entre les agents de santé et l’équipe cadre du district a été suspendue pendant trois semaines au cours desquels, les supervisons et le contrôle interne n’ont pas pu être réalisés. Des rencontres ont été faites avec les différentes autorités compétentes pour trouver des solutions aux préoccupations des agents. Le haut-commissaire de la province du Boulgou et une équipe de l’inspection générale des services de santé se sont impliqués dans la résolution du problème Au bout de trois semaines de concertation, le MCD a été relevé de ces fonctions le 18 mars 2015. Malgré toutes les démarches entreprises, nous n’avons malheureusement pas pu entrer en contact avec lui pour recueillir sa version des faits.


La situation de Tenkodogo n’est certainement pas un cas isolé. La gestion des infrastructures sanitaires et plus particulièrement la gestion des districts sanitaires se signale par le peu d’orthodoxie dans le respect des procédures. Le cas de la fuite du comptable du district sanitaire de Koupèla en octobre 2014 parce que suspecté d’un détournement de l’ordre de plusieurs dizaines de millions, interpelle tous les acteurs de la chaîne à se départir du moindre laxisme.
Le rapport 2012 de l’ASCE faisait état d’un un total de 51 dossiers passés au crible, 15 dossiers de malversations au niveau des structures sanitaires pour un montant de 481 417 486 FCFA. Sur 12 dénonciations de la mauvaise gestion des structures sanitaires, 10 ont été confirmées soit environ 83%.
Dans le rapport 2013 de l’ASCE, des contrôles, effectués dans les districts sanitaires dont celui de Tenkodogo ont relevé les constats suivants : le non enregistrement des opérations comptables, l’absence de contrôle hiérarchique, le non-respect du principe d’appel à concurrence dans les marchés publics, la non tenue à jour des outils de gestion du dépôt des médicaments essentiels génériques (MEG). Au regard des insuffisances, les risques de détournement avaient été estimés très élevés et les responsables à tous les niveaux du ministère en charge de la santé avaient été interpellés.


La gestion des ressources rendues disponibles grâce aux efforts du contribuable burkinabè mérite plus de considération de la part de tous. Les services déconcentrés et les partenaires sociaux doivent tout mettre en œuvre pour garantir une gestion rationnelle des ressources, afin d’assurer la continuité des services de qualité dans l’intérêt supérieur des populations.
Que fait par exemple chacune des parties (autorités sanitaires et syndicats) pour réduire à sa plus simple expression cette corruption et ce racket qui gangrène tout le système de santé? Des campagnes d’affichage visant à sensibiliser les usagers à ne payer les frais de prestation qu’au niveau des guichets ont certes été entreprises, mais leurs impacts demeurent limités.


Nous fondons par ailleurs beaucoup d’espoir sur cette période de transition, notamment sur la sous-commission finances publiques et respect du bien public de la commission de la réconciliation nationale et des reformes pour consacrer les bases d’une gouvernance vertueuse et exemplaire du système de santé. Cette sous-commission a pour attributions de proposer un système de gestion rationnel, efficace et transparent des finances publiques et du patrimoine public. En phase avec cela, une véritable conscience sanitaire doit naître et prospérer au sein des populations. Le RAME pour sa part travaille pour l’émergence de cette conscience sanitaire à travers le système de veille communautaire qui se renforce de plus en plus sur le terrain.
C’est à ce prix que nous pourrons promouvoir le « meilleur état de santé possible pour l’ensemble de la population à travers un système national de santé performant » et contribuer à améliorer le capital humain pour une croissance et un développement durable.

 

27 mars 2015, Ouagadougou

Pour le Conseil d’Administration

Le Directeur Exécutif
Simon KABORE

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